l'être solitaire

Publié le par Sombrelün

a première fois que tu es venu me voir, c’était à quatre pattes. Tu avais réussi à échapper à la surveillance de tes parents pour satisfaire ta curiosité. Tu voulais toujours explorer le plus loin possible ce monde qui t’a été offert. Le jour où je t’ai prêté un appui pour tes premiers pas a été ma plus grande fierté.

Maintenant tu sais lire, même si tu peinais au début. Je me souviens encore de ses heures où je me penchais sur ton épaule, alors que tu étais occupé à déchiffrer ces caractères noirs.
A force de persévérance, tu es arrivé à dompter les mots pour faire des phrases, comme un dresseur guide ses fauves sur les bons tabourets. Non seulement, tu y es arrivé, mais tu t’es mi à dévorer tous les livres qui te tombaient sous la main. Allongé à mes pieds, tu lisais parfois à voix haute un passage qui te plaisait.
Tu vas maintenant à l’école, puis au collège, et enfin au lycée. Mais que se soit en primaire ou en terminal L, tu étudiais en ma compagnie, et me récitais tes leçons.
Pour tes chagrins d’amour, c’était près de moi que tu venais verser tes larmes, me laissant te consoler. Te voir si triste me fessait souffrir. Pour que tes pleurs cessent, je t’aurais donné de bon cœur tout ce que je possédais. Je n’avais que ma patiente et ma douceur à t’offrir, mais c’était ce que tu recherchais.
 
Tu as pu accomplir ton rêve, être critique littéraire. Tu disais qu’être payé pour lire et donner son avis était ce que tu trouvais de mieux. Et, comme toujours, c’était avec moi, que tu passais tes journées à t’émerveiller ou à t’horrifier devant le travail de jeunes écrivains.
Tu as enfin découvert l’âme sœur. Tes visites se font plus brèves et moins fréquentes, mais je sais que tu me reviendras toujours pour partager tes lectures.
Pratiquement à tous les printemps, alors que j’attendais impatiemment le retour des oiseaux et leur chant, tu t’extasiais devant le gazouillis de ton dernier né.
Je te savais désormais moins disponible, et je ne t’en voulais pas. Comme toi à leur âge, tes enfants venaient jouer non loin de moi, sous ma tendre surveillance. Avec moi, tu savais qu’ils ne risquaient rien.
 
Les temps sont désormais plus sérieux. Tes fils et tes filles sont tous à leur examen, que ce soit brevet, baccalauréat, diplôme ou autre. Quand à toi, tu sens petit à petit la vieillesse s’installer. Tu prend de nouveau plaisir à passé du temps avec moi. Tu reste silencieux la plus part du temps, car je n’ai plus besoin de mot pour te comprendre. Au plus profond de moi, je ressens ce que tu penses.
Tes enfants sont grand, mariés pour la plus part, et t’ont offert des petits enfants. Quand à toi, tu coules des jours paisible, allongé dans l’herbes, profitant en ma compagnie du temps estival. Tu te demande en toi-même si tu verra les prochains beaux jours, et j’en suis aussi peiné que toi, connaissant tout deux la vérité.
Je suis en deuil. Totalement noir, arraché à mes parures ocre, je te regrette. Ayant rendu ton dernier soupir, on t’a remis à la terre. Pourquoi faut-il que vous soyez si éphémère? Sans ta protection, je ne crains qu’une chose, c’est que l’on me trouve trop vieux et que l’on se débarrasser de moi, m’empêchant de veiller sur tes descendants, comme je l’ai fait pour tes ancêtres.
 
Moi, pauvre hêtre solitaire, je suis résigné à voir partir tout ceux qui m’entourent et que je chéri. Résigné, je plonge mes racines un plus profondément dans la terre, laissant le vent joué dans mes branches nues.

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Publié dans Temps d'un conte

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A
C'est beau ^^
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S
<br /> Merci!<br /> Mais ma mère la trouvait plutôt triste...<br /> <br /> <br />