Solune, chap6,2
n chemin, nous discutâmes, et je me rendis compte qu'il n'tait peut-être pas tout jeune, mais était suffisamment tangible pour ne pas être un pur esprit. Je le savais, parce que je lui prêtais mon bras, et que son poids me semblait assez réel. Basalte (car c'était son nom) me donnait plutôt l'air d'être un vieillard ravi de mettre de coté sa solitude érudite. Il m'avoua être à l'origine de cette étrange forêt:
- ... car voyez-vous jeune homme, la pierre est mon sujet d'étude privilégié. J'avais ramené quelques roches d'une lointaine contrée et les avais disposés dans mon jardin. Une autre affaire a demandé toute mon attention, et quand j'ai eu un instant à moi, c'était fait. Elles ont tant poussé qu'on les prend maintenant pour des arbres, mais je n'ai pas eu le cœur de les contrarier...
Son accent était assez particulier, et il me semblait l'avoir déjà entendu quelque part, sans pouvoir me souvenir où. J'esquissais un sourire léger au babillage du vieux mage, car il ne pouvait s'agir que d'un pratiquant des arcanes, pour faire croitre la pierre, malgré l'absence de chapeau pointu. Son poids était peut-être trop lourd pour ses frêles épaules?
Alors que les arbres de pierres semblaient se faire plus denses, il remarqua:
- Voilà, nous sommes arrivés à mon humble demeure. Vous m'excuserez jeune homme, mais je n'ai pas trop eu le temps de désherber, et mon jardin est devenu un peu n'importe quoi.
Je m’arrêtai, bouche bée de surprise.
Un jardinet était délimité par un muret de pierre qui donnait l'impression étrange d'avoir poussé du sol. S'il ne recelait aucun végétal, les affleurements rocheux y pullulaient, comme mille et une fleurs colorées oublié sur le sable. Au centre du " jardin " se dressait une immense tour de composition disparate.
La base était de granite, et laissait place à du grès, puis encore à d'autres roches dont j'ignorais le nom. Des filons colorés serpentaient le long du bâtiment aux formes torturé, alors que des tourelles s'en détachaient et que des gargouilles surplombaient chaque fenêtre.
- Fermez donc cette bouche, jeune homme, sourit le vieux mage. Vous risquez de gober une mouche. Entrez, je vais faire chauffer du thé.
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