Solune chap2,4
e poussai avec précaution la porte de bois où l'on pouvait lire "Tout ce qui a été perdu finira ici". Avisant une charmante hôtesse derrière un bureau, je m'approcha et m'enquit poliment :
- Bonjour, je cherche une...
- Vous avez rendez-vous ? aboya-t-elle.
- Euh... non, je ne crois pas...
- Sans rendez-vous, ça ne va pas être possible, remarqua-t-elle alors froidement.
- Mais... ?
Son regard glacial me dissuada de continuer plus loin. J'aurais fait tout ce chemin pour rien ? J'allai me détourner, dégoûté, quand Akroa bondit de mon chapeau pour atterrir devant l'hôtesse.
- Koa ! fit-elle, contente d'elle.
- Voyons Akroa, la grondais-je, laisse la demoiselle tranquille !
- Oh, quelle charmante grenouille! fit la jeune femme d'une voix radouci et tremblant légèrement.
J'haussa un sourcil surprit par son soudain changement d'attitude et pris délicatement Akroa pour la remettre sur mon chapeau.
- Dites-moi, fit soudainement l'hôtesse, votre bourdon est de quel bois ?
Mais qu'est ce que j'en sais ? Devant mon air étonné, elle le prit pour l'examiner tout en remarquant :
- Généralement, les bourdons sont tirés d'une branche de poirier savant, un bois connu pour son teint légèrement argenté et son sale caractère. Mais le votre est plus dans les ocres. Je dirais plutôt que c'est du houx, et ça me dit quelque chose...
Alors qu'elle feuilletait son livre de rendez-vous, je regarda avec stupeur mon bourdon en essayent d'imaginer la taille que devait avoir la branche dont il était issu.
- Voilà, reprit-elle, ‘Un crabe tenant en ses pinces un rameau de houx viendra en ces lieux, mandaté par une tierce personne contre rétribution'. C'est vous ça ?
- Euh... j'en doute, ça parle d'un crabe...
- Il est vrais que celle avant moi n'était guère précise, mais les habits rouge et le bourdon en houx,... c'est sûrement vous ! Alors, qu'est ce que vous êtes venu chercher ?
*****
La tenancière, Margot, sortit de la taverne par l'arrière cour tout en fredonnant un air joyeux. Deux seaux en mains, elle se dirigea vers le puit pour y tirer l'eau de ça lessive. Il accrocha donc un seau à la corde avant de l'envoyer gaiement dans le trou.
Chtong ! Aïe !
Elle arrêta de fredonner, surprise. D'habitude ça fait plutôt un truc comme Schoulf !
Elle se pencha prudemment au dessus du trou pour comprendre ce qui n'allait pas, et vit... une bête étrange, à la peau luisante et marronâtre. Informe, sans pattes ou tête apparente elle occupait toute la largeur du puit et montait avec force soufflements et suintements. En son sommet, son œil unique, d'un vert vif, fixait Margot.
Celle-ci dégluti difficilement, avant de hurler en courant avec son seau vers l'auberge :
- Julius ! Il y a un monstre de boue qui monte dans le puit !
Le tavernier prit son gourdin clouté de sous le comptoir t'es accompagné de quelques clients courageux, se rendit près du puit. Avec prudence, ils s'arrêtèrent à bonne distance et écoutèrent. En effet, des bruits étranges en provenaient...
Soudain, le seau fut éjecté du trou, faisant sursauter l'assistance. Une branche tordue le suivit de près, et le monstre posa le bout d'une de ses tentacules boueuses sur le parapet du puit, puis une autre.
- Son œil... gémit Margot, il va sortir son gros œil vert...
Une protubérance pointue commençait à dépasser du trou. Julius s'approcha doucement, le gourdin levé, prêt à frapper.
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