La légende des Dräs
u début vivaient les Dräs, créatures très proches du dragon, vivant en maître sur le monde, aussi bien dans les airs que dans l'eau. Peuple joyeux et enfantin, ils ne pensaient qu'à s'amuser, jouant à cache-cache par mis les nuages, et à saute moutons sur les vagues. Rien n'aurait songé à les attaquer, n'étant pas assez féroces, assez hardi pour seulement les égaler dans l'eau ou l'air. Ils bénéficiaient du regard bienveillant d'Irène et d'Aléda, déesses élémentaires dont le domaine était leur terrain de jeu.
Mais voilà, un jour, une maladie apparue, frappant d'abords quelques Dräs, puis se propageant en chacun. Leur corps changeait, rendant malaisé, difficile leur progression dans l'air pour certains, dans l'eau pour d'autres. Leur façon de pensé changeait aussi, ils n'avaient plus autant envie de jouer, mais plutôt de méditer, seul ou à plusieurs, niché dans un creux d'une falaise ou au plus profond des mers. Ils regardaient différemment ceux qui ne pouvaient les rejoindre, coincé dans un élément où ils ne pouvaient plus se mouvoir. Ils se sentaient différent, incompatible, et pourtant ils souhaitaient plus que tout être de nouveau ensemble.
Leur supplique fut entendue par les deux déesses, qui trouvèrent un moyen de les réunir : les jours de brouillard. Quand il y a autant d'air que d'eau, ceux vivant dans l'eau et ceux dans l'air purent enfin se mouvoir aussi bien dans les deux éléments réunis. Les retrouvailles furent d'abord timides, chacun se rendant compte à quel point l'autre était différent, puis ces différences furent oubliées, et ils retrouvèrent toute leur gaîté d'autant. Ils jouèrent comme ils n'avaient jamais joué, exploitant leur nouveau corps comme jamais ils ne l'auraient pensé, restant infatigable pendant trois jours et trois nuits
Epuisés, mais heureux, ils rejoignirent leur élément respectif avant que le brouillard ne se lève. Et avec étonnement, ils observèrent un phénomène leur paraissant étrange. Le brouillard avait déposé dans le ciel des gouttelettes d'eau et des bulles d'airs sur le fond marin. Et, quand la brume se dissipa, les bulles remontèrent à la surface, alors que les gouttelettes retombaient vers le sol.
- Nous sommes devenus trop différents pour être des Dräs, l'eau et l'air ne pouvant rester mélangé, pensèrent-ils avec mélancolie. Nous sommes désormais autre chose...
- Nous serons alors les Dräelles, créatures d'eau, clamèrent les uns.
- Et nous les Dräons, créatures d'air, renchérirent les autres.
Or, il advint que quelques temps après le brouillard, les Dräelles sentirent leur corps se modifier à nouveau. Oh, la différence était minime par rapport à leur première transformation, mais l'inquiétude était là. Elles écoutaient leur corps, sentant quelque chose qu'elles semblaient connaître, sans pourtant pouvoir la nommer. Elles attendirent donc, sereines, pour savoir ce qu'elles devraient abandonner à nouveau.
L'une d'elles commença à se sentir mal, veillé par ses sœurs, alors que les Dräons, inquiets par une nouvelle phase de transformation dont ils n'étaient pas (ou pas encore) atteint, planaient à la surface de l'océan en quête de nouvelles. Après un long moment d'attende et d'inquiétude, la Dräelle fit sortir quelque chose de son corps, quelque chose qu'ils croyaient avoir disparut pour toujours: un Drä. Et toutes ses sœurs donnèrent naissance à un Drä, puis retrouvèrent leur corps de Dräelle d'avant le brouillard.
Les Dräs étaient jeunes, virevoltant aussi bien avec les Dräelles qu'avec les Dräons, étant à moitié l'un et l'autre. Ils étaient encore insouciants de cette transformation qui les attendait, qui leur empêcherait de se mouvoir dans l'un des deux éléments. Ils avaient tout leur temps, toute leur jeunesse, et des aînés, pour les rassurer quand cela viendrait.
