Tig’ et moi avions prit le chemin du réfectoire dans l’après midi pour aller travailler. Mais alors que nous arrivions dans la grande salle, j’entendis :
- Minou ! Minou ! Minou-garou !
- Ce n’est pas très gentil de l’appeler comme ça… remarquais-je. D’ailleurs, j’ignorais qu’il y avait un étudiant chat-garou.
- C’est de moi qu’il parle… grogna mon ami en serrant des poings.
- Hein !? Comment ose-t-il ?! Et tu le laisses dire ?!
- Je ne peux rien faire… soupira-t-il. Pour assurer la sécurité de tous à l’université, il y a un règlement spécial pour… les garous carnivores. Si je perds le contrôle de moi-même et… attaque un autre étudiant, je passerais devant le conseil de discipline et risque le renvoi.
- C’est ce que cherche cet idiot en t’insultant ? Pourquoi il t’en veut autant ?
Tig’ haussa des épaules en s’asseyant à un banc libre, je limita en face de lui, sortant mes cahiers. Il répondit enfin, murmurant pour n’être entendu que par moi.
- Je pense que c’est un garou-phobe, quelqu’un qui ne nous supporte pas et fait tout pour nous rendre la vie impossible. Comme si elle ne l’était pas déjà assez…
De l’autre coté de la salle, l’étudiant lança plus fort, effrontément :
- Et bien minou ? On ne veut pas jouer à la baballe ?
S’en était trop, je me leva de mon banc en retroussant mes manches et me remémorant un sort d’urticaire tenace. Je ne suis pas quelqu’un s’emportant facilement, mai jamais je ne laisserais quelqu’un parler ainsi d’un ami. Je traversa le réfectoire tout en bâtissant mon sort, mais Tig’ m’attrapa par la manche à mi-chemin :
- Non Sombrelün, je ne veux pas que tu ais des problèmes à cause de moi. C’est à moi de régler ça. Avec un calme inquiétant, il me confia son chapeau, et entreprit de retirer sa robe. N’étant plus retenu par les sorts du textile, le mana s’écoula de son corps en épousant une musculature impressionnante qu’il n’avait encore jamais exhibée ainsi. Pieds nu et en sous-vêtement, il lança à l’étudiant qui continuait de l’appeler minou :
- Tu veux vraiment jouer au chat et à la souris avec moi ?
- Ce n’est pas possible minou, la pleine lune est encore loin.
- Ma deuxième forme ne dépend pas de la lune mais de mon humeur…
Sur-ce, il serra les poings et laissa envahir son corps pour se faire tigre. A quatre pattes, il avança vers l’étudiant en grognant, retroussant les babines pour dénuder ses crocs, menaçant.
- Tig’rou !
Il s’arrêta net, tournant la tête qui venait de l’interpeller. C’était notre professeur de chimie du vivant du deuxième semestre, un ours-garou ayant tendance à hiberner par temps froid. Il s’approcha à pas pesant, pour détailler attentivement Tig’ et l’étudiant. Alors que le premier ne bougeait pas d’un poli, parfaitement calme, le deuxième s’agitait mal à l’aise en bredouillant des brides du règlement interne, notamment le paragraphe sur les garous carnivores. Mais le professeur ne l’écouta pas, se penchant sur Tig’ pour lui murmurer :
- C’est bien, ne te laisse pas marcher sur les pattes, mon garçon, mais ne le touche pas. Un peu de corse à pied lui fera la plus grand bien. Va maintenant.
C’est ce que fit Tig’, reprenant sa progression à pas feutrés vers l’étudiant qui, voyant tous s’écarté de son chemin, prit la fuite. Alors le tigre s’élança sur ses talons, grognant pour l’inciter à courir plus vite. Alors qu’ils disparaissaient dans le couloir, le professeur tonna :
- Je ne veux plus entendre parler de ce genre de chose. On n’insulte pas un garou… ou on le fait à ses risques et périls. Faites passer le message si nécessaire.