Premier contact

Publié le par Sombrelün

C.gifertains diront que je mettais un peu trop de cœur à l'ouvrage, que mes recherches pour contacter l'esprit de ces terres me firent négliger mes autres études, mais ce ne sont que des mauvaises langues! J'aime finir ce que j'ai commencé, surtout si ça me permet de récupérer en toute quiétude les nuits blanches du aux potions de Gareth. Je passais donc de bons moments à bavarder avec Jäelle ou à explorer les milles et un recoin d'Otalya, attendant l'influence de l'esprit de ces terres. C'est d'ailleurs durant l'une d'elle que cela se produisit.

 

L'herbe bleue perdait en consistance sous mes pieds, jusqu'à ce que le sol m'arrive au genoux, puis à la taille... Tout ce que à quoi j'essayais de m'accrocher glissait entre mes mains, alors que je m'enfonçais, inexorablement.

Ayant totalement passé sous le sol, je n'avais plus l'impression de respirer, sans pourtant suffoquer, et je continuais de me sentir tirer vers le bas. Ce qui était étrange, c'était que je voyais à travers la terre, comme si elle était d'un bleuté transparent et, comme dans les dessins animés pour enfants, je croisais parfois des vestiges enterrés et oubliés. Là un squelette imposant, ici un coffre ancien, là encore une banderole dénonçant les OGM, ...

Plus je m'enfonçais, plus la terre tendait vers le bleu foncée, pour finir dans le noir complet. Je ne descendais plus, je me sentais plutôt flotter entre deux eaux, avec la désagréable impression d'être observé. Là, tout proche, une présence immense me fixait dans l'obscurité la plus profonde. Elle n'usait pas de mots, mais de sensations, qu'elle me faisait vivre.

Une certaine pointe de curiosité. Sentiment d'avoir retrouvé une chaussette égaré. Soupçon d'interrogation.

- Je... je vous salut, Esprit, bredouillais-je dans un silence étrange. Je suis Sombrelün, mage, et... et je cherchais à vous contacter.

La curiosité se voit renforcé, tout comme la pointe d'interrogation.

- Moi et les miens vivons à votre surface, mais... nous ignorons la forme que vous revêtez. C'est ce que je suis venu vous demander.

Éclat de joie. Expression de franche camaraderie. Air de conspirateur, demande de la plus grande attention, et... Éclair soudain de Lucidité! Vision de la Vérité dans sa nudité total!! Compréhension profonde du Tout et du Rien!!!

Je ne faisais pas que le ressentir, je le vivait réellement! Je cru que mon esprit venait soudain de voir son volume se démultiplier. Il ne pouvait plus rien contenir d'autre, se déchirant par endroit pour laisser suinter le trop plein. Tout ce qui était assez petit pour passer facilement se volatilisait dans le Néant, c'est à dire les connaissances si difficilement entassées, les souvenirs qui définissaient mon "moi". C'était comme si je partais en petits bouts...

 

Je reçus soudain en sceau d'eau au visage, et me rendis compte que j'hurlais à m'en briser les cordes vocales. Recrachant l'eau que j'avais avalé, manquant de m'étouffer, je remarqua que Gareth tenait un sceau à la main, et que lui tout comme mon Maître avaient l'air plus qu'inquiet. Ce dernier, voyant que j'étais à nouveau parmi eux, évapora rapidement l'eau que j'avais reçu pour que les ouvrages de la bibliothèque ne prennent pas l'humidité.

Je mis ce temps à profit pour retrouver ma respiration et tâter mon crâne à la recherche des bosses anormales ou de fêlures inexpliquées. Maitre Kolban attendit patiemment que je finisse mon examen, s'étant assit en grimaçant sur le plancher, puis commença:

- Gareth t'a entendu parler tout seul, sans qu'il n'arrive à te comprendre. Les bougies brulaient encore jaune, il n'est donc pas intervenu, jusqu'à ce que tu te mettes à hurler.

Le jeune garçon acquiesça de la tête, plutôt impressionné par ce qu'il venait de voir. Quand à moi, je ne pu que bredouiller d'une voix rauque:

- Je l'ai trouvé... je lui ai parlé... et il m'a dit ce qu'il était... mais... c'était trop pour moi... Je... je crois que je l'ai oublié...

- Ce n'est pas grave Sombrelün. Je te demanderais de ne pas retenter de le contacter, ce n'était pas quelque chose de ton niveau.

Puis mon maitre se tourna vers le jeune apprenti:

- Emmène-le en bas, en faisant attention à ce qu'il ne tombe pas dans les escaliers, et donne lui quelque chose à manger pour chasser sa pâleur. Je vais lui confectionner quelque chose pour sa voix.

C'est les jambes flageolantes et soutenu par Gareth que je descendis à la cuisine où il me souffla:

- C'est votre oiseau qui m'a fait venir vous voir.

En silence, j'acquiesçais de la tête, avant de flatter mentalement Tipiu qui n'osait se poser sur moi, de peur de nuire à mon équilibre précaire.

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